jeudi 15 septembre 2011

Voyage Maghreb


Le voyage.

Un jour, je me suis cassé.

De toute façons il n'y avait pas grand monde pour m'attendre à la maison et puis ça
faisait des années que mes économies stagnaient autour de 2000 €..
Maintenant, j'en suis sur j'ai vraiment bien fait de me casser.

C'est un voyage qui démarre sur un coup de tête.
Je démarre de Marseille, précipitement, un peu au hasard, subitement pris d'une envie de changer d'horizon après une journée casse-pied..
Pour affronter la route, je pars dans des conditions insensées et strictement interdites. Mon véhicule est une vieille Clio essence, 220 000 kms, de multiples rafistollages,  la courroie de distribution qui n'a jamais été faite...
Pire encore, je n'ai pas d'assurance, juste un scan sur papier vert qui donne l'illusion lors d'un contrôle routier. De la folie quoi..

J'attaque une journée qui se terminera tard dans la nuit à Tarifa..
Honnêtement, je voyage le ventre quelque peu noué. Le parcours entre Almeria et Malaga est pénible. Plus d'autoroute,  virages en lacets interminables.
J'ai 2000 € en espèce sur moi. Quoi qu'il arrive, si je tombe en panne, je prends mon sac, je rentre en stop et j'abandonne mon véhicule..
Je repère des téléphones d'appels à l'aide tous les 2 kms. Ca et là, quelques automobilistes sont en panne sur le bas coté, hagards, les bras croisé en gilets jaunes.. Certains sont Marocains. Ils attendent des secours Andalous...
Finalement j'arrive à Tarifa dans la seconde moitié de la nuit. Des flics contrôlent des fetards anglais, Gibraltar n'est pas loin.
Je prends une poignée d'heures de sommeil sur le siège arrière de la Clio et au petit matin j'embarque vers Tanger.

Speed-dating à la marocaine.

A Rabat, au snack je fais connaissance, avec un couple de nanas.
Moi 45 ans, aminci et mal rasé, elles 2 gamines genre 25-30 ans, une avec hijab et l'autre en robe printanière plutôt sexy.
Ce sont des personnes propres, pas dépravé, pas profitage, genre fleur bleu qui bosse la semaine et attends le prince charmant.
J'avais oublié combien il est valorisant d'être français aux yeux de certains marocains.. Après un jus d'orange ("lemon") ma main est dans celle de la petite sexy, j'ai trouvé mon guide pour la journée.. J'ai quitté Marseille il y a 2 jours, je n'ai pas bc dormi et je retrouve soudain une légèreté adolescente. Une situation inimaginable dans mon pays. Je parle arabe et Khadidja est tombé amoureuse.. Rêves d'un ailleurs qu'elle ne connais que par bribes déformées.
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C'est à l'hôtel au petit matin que je suis subjugué par cendrillon. Elle est au bas de l'échelle de l'équipe de ménage, mais quelle beauté.. Sont regard brille de mille feux devant cet étranger exotique, ce passeport potentiel pour Babylone.
La communication est très brève parce la chef de service, petite bouboule vicieuse, met un point d'honneur à évincer sa jeune rivale dans les échanges avec les clients.
Je réussi quand même à glisser mon numéro méditel dans la main de ma princesse au balai. On s'offre une poignée rapide, chaude et intense appuyée par un regard furtif.

Direction Casa.

Je retrouve d’anciens contacts et réalise d’obscurs bizness micro-économique.. Jusque là mes objectifs de voyages sont accomplis..
Par hasard, je sympathise avec une nana à bab mrakech. La première impression me déroute. Plus grande que moi, trop belle, sophistiquée avec le voile et un tailleur. Bon,  ça se passe plutôt bien. Mais je n’y crois pas trop.***

Je trouve un hôtel et décide de me poser un peu.
Finalement ma dernière rencontre semble motivée. Elle vient me chercher à l’hôtel et nous sortons vers la corniche.. Je passe un après midi magnifique. J’en oubli Cendrillon et le téléphone qui sonne.. La dernière qui a parlé à toujours raison dans ce pays ou les rencontres sont permanentes pour le vieux débris occidental que je suis...

Le lendemain jour 4, direction Meknes.

J’ai de l’argent à récupérer là-bas, je prends la route fin de matinée.
Sur ce trajet, les voitures se font rares, tout le monde m’a averti de ne pas voyager car la température atteindra 50°.
Vitres ouvertes, sans clim, je découvre au contraire les délices d’un air chaud et sec. Voluptueux et sensuel. Ma main saisi cette matière. Avec la vitesse c’est une masse chaude qui fait pression, on dirai la poitrine d’une femme.
Je ne connais rien de plus agréable. Mon corps est apaisé. Immergé dans cet océan. Je ressens un calme profond.

A Meknes, je récupère mes sous sans problème- hommage aux marocains de parole- et j’en profite pour faire réparer la Clio.
Pour 30 € de main d’œuvre (hors pièces) mon train avant est refait, le véhicule révisé, nickel quoi..

Oued sur la route d’El Hajeb

Je retrouve ici des paysages familiers de l’Ouest Algérien.
La flore est identique. Ici la menthe «suavolens » s’appelle « marseta », en Algérie « timersat ».
Le cresson de fontaine « guernina », de l’autre coté de la frontière « guernounich ».

Loin de mon quotidien marseillais ou j’avais oublié depuis si longtemps le sel de la vie.

Mysticisme.

C’est en déambulant dans les ruines de Volubilis que je fus pris d’une crise de mysticisme chrétien..

Les paysages de l’arrière pays en Afrique du Nord sont en résonance avec le christianisme des quatre premiers siècles.

La lumière, les horizons, la nature sont ici sublimes.
Sublime est la transcendance de leur condition par les hommes.
Quel que soit l’objet, Le Christ, Allah, la transcendance est l’important.

L’univers est cynique, la foi est absurde et pourtant. Les hommes en se transcendant brisent les barrières entre néant et matérialisme.
L’important est ailleurs, au dessus.

La foi est stupide : des scénarios enfantins rassurent l’homme.
La foi semble tellement, évidement guidé par le cerveau reptilien. Et pourtant, à un moment, ce cerveau, ce réflexe de survie se dérègle. L’homme n’a plus peur de la mort. Le temps s’allonge devient infini.
L’homme n’a plus peur de sa condition, l’homme ne souffre plus.

La foi donne un regard à l’homme au-delà. Avec les outils du monde, de la logique cette vision est fausse, superstitieuse, certainement.
Et pourtant, l’important c’est la distance de soi auquel le regard est projeté.

Monica.

Lorsque j’entame un voyage de 2000 kms dans des conditions hasardeuses, c’est que je sais que les terres du Maghreb vont bousculer mon existence.

L’expérience d’un amour d’adolescent à un age tardif représente pour moi un pic paroxystique dans mon existence.
D’abord il s’agit d’une expérience inconcevable dans mon univers quotidien.

Le fait que ma compagne ne soit absolument pas francophone fut un critère déterminant dans le choix de poursuivre la rencontre. 
Le destin donnant un sens encore à ce que je cherchai, avec la douleur d’une fille, traumatisée par la mort brutale de son père et réfugiée depuis dans une religiosité écrasante et superstitieuse.

Finalement, au antipode du monde dit chrétien, je trouvai la personne qui ressemblai le plus à Monica, Sainte Félicie et Perputée..***

Ainsi naquit un amour ou le torride n’était dans des ébats athlétiques mais plutôt en Dieu, dans le décor sublime des plaines de l’Atlas, et dont la manifestation pudique chez ma compagne n’était que bref  trémolos au moment des séparations, suivit d’un besoin de discussions quotidiennes, anodines mais telle une perfusion vitale qui poursuit le souffle.

Quel que soit les projets qui prolongent cette rencontre, je sais que rien n’atteindra l’intensité des premiers baisers… Je rentre en France, le souvenir de ces terres je le trouve dans la lecture de St Augustin et l’écoute de l’Avé Maria de Schubert..


*** ( « Monica » est aujourd’hui ma femme.)



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